dimanche 7 octobre 2018

Le jour où j’ai surpris Michel Vovelle

Michel Vovelle
Michel Vovelle (1933-2018

 

 

le jour où j’ai surpris Michel Vovelle

 

La mort de ce grand historien me rappelle un souvenir personnel datant de 1986.

Aujourd’hui, les débats sur la Révolution française n’occupent guère la vie de l’esprit. Ce n’était pas le cas dans les années 1980. La longue domination intellectuelle de l’école jacobine et marxisante (Mathiez, Lefebvre, Soboul, Mazauric) avait été remise en cause par Furet et, avant lui, par l’historien anglais Alfred Cobban dès 1964. Il en était résulté des controverses passionnantes. Et l’approche du bicentenaire poussait aux recherches et aux publications.

En 1986, je soutenais mon DEA sur les questions de féodalité et de seigneurie d’Ancien Régime. La féodalité médiévale était bien cernée, celle des XVIe-XVIIIe siècle beaucoup moins. On la confond souvent avec la seigneurie. Or celle-ci couvre tous les rapports de domination liés à la terre, alors que la féodalité ne met face à face que les éléments des groupes sociaux dirigeants, par les modalités symboliques de la foi et de l’hommage et par le système des fidélités et des clientèles.

Bref, je soumettais un flot d’hypothèses aux deux examinateurs de mon DEA : Jean Jacquart, grand spécialiste de l’histoire rurale, et Michel Vovelle, alors directeur de l’Institut d’histoire de la Révolution française, tous deux professeurs à Paris I-Sorbonne. J’ai conservé les notes prises lors de la discussion.

Quand Soboul démarquait Georges Lefebvre

J’en viens à la surprise de Michel Vovelle.

Elle fut provoquée quand je démontrais le démarquage par Albert Soboul (1914-1982) d’une formule de Georges Lefebvre (1874-1959), trahissant la pensée de ce dernier.

Lefebvre tenait à l’idée d’une révolution paysanne anti-capitaliste et anti-bourgeoise. Soboul tenait pour une vision plus unifiante de la Révolution avec une alliance de classe entre bourgeoisie et paysannerie, une coïncidence de buts.

Dans son article «La Révolution française et les paysans» (1934) republié dans Études sur la Révolution française (1963), Georges Lefebvre écrivait :

- «il y a une RÉVOLUTION paysanne qui possède une autonomie propre quant à son origine, à ses procédés, à ses crises et à ses tendances».

Dans son Précis d’histoire de la Révolution française (1972), Soboul écrivait :

- «Georges Lefebvre (…) démontra que dans le cadre de la révolution bourgeoise, se développa un COURANT paysan possédant son autonomie propre quant à son origine, ses procédés, ses crises et ses tendances».

Ainsi, la «révolution paysanne» était subrepticement devenue un «courant paysan»…!

Soboul en rajoutait même : «il est cependant nécessaire de souligner nettement que l’objectif fondamental du mouvement paysan coïncidait avec les buts de la révolution bourgeoise».

Il s’agissait d’une dénaturation explicite de la pensée de Georges Lefebvre qui, au contraire, avait écrit :

- «jusqu’au 14 juillet, la bourgeoisie n’avait eu ni le temps ni le goût de s’attaquer à la dîme et aux droits féodaux ; or, les paysans ont commencé, dès le mois de mars, à se soulever contre leurs seigneurs et à refuser les redevances, bien avant la prise de la Bastille ; à la nouvelle des événements de Paris, ils se sont révoltés spontanément, prenant en mains leur propre cause, au grand mécontentement de la bourgeoisie qui, en plusieurs endroits, s’est chargée de la répression».

L’alliance de classe entre la bourgeoisie et la paysannerie était clairement récusée par Lefebvre.

L’escamotage sémantique de Soboul avait étonné Michel Vovelle qui en avait souri.

Je n’ai évoqué ce point d’histoire que parce que la mort de Vovelle m’a fait revenir en mémoire, outre son immense savoir, sa personnalité sympathique et son ouverture d’esprit. Mais une étude historiographique de l’école jacobine marxisante révélerait probablement d’autres contradictions.

Michel Renard

 

Michel Vovelle et Jean Jacquart
les deux membres de mon jury de DEA (1986) : Michel Vovelle et Jean Jacquart

 

Lefebvre et Soboul, couv

 

Georges Lefebvre et Albert Soboul
Georges Lefebvre (1874-1959) et Albert Soboul (1914-1982)

 

Cobban et Furet, couv

 

Alfred Cobban et François Furet
Alfred Cobban (1901-1968) et François Furet (1927-1997)

 

 

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lundi 1 octobre 2018

la mort d'Antoine Sfeir (Michel Renard)

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la mort d'Antoine Sfeir

hommage et témoignage

 

Je suis triste d’apprendre la mort d’Antoine Sfeir. Le courage et la lucidité, la convivialité et le sens de l’amitié caractérisent ce que fut cet homme, passeur entre les cultures. Il avait de très nombreux amis, dans des cercles larges, chacun témoignera. Je l’ai bien connu également, dans des circonstances diverses.

Comme il avait créé les Cahiers de l’Orient, il m’avait proposé la direction de Cahiers de l’islam en me laissant toute la liberté voulue. J’ai fini par décliner un travail qui m’avait déjà beaucoup demandé quand j’avais créé la revue Islam de France.

Il aurait fallu m’y consacrer à temps plein alors que je ne pouvais quitter mon emploi de professeur d’histoire. Et les forces intellectuelles n’existaient pas en nombre suffisant, sur la scène française, pour décrypter en termes de sociologie politique et d’analyse de l’héritage islamique – et sans concessions - les dynamiques religieuses de l’islam dans notre pays.

Les Cahiers de l’islam tels que souhaités par Antoine Sfeir n’ont pas vu le jour. Une revue homonyme a été créée en 2013. Il n’est pas certain que la nocivité de l’islamisme y soit perçue avec la même perspicacité que celle d’Antoine Sfeir.

En 2003, il m’avait demandé de témoigner en sa faveur lors du procès de Lyon qui l’opposa à Tariq Ramadan. Antoine Sfeir avait évoqué le «double langage» de Ramadan. Ce dernier a perdu son procès, la cour d’appel de Lyon ayant confirmé la relaxe d’Antoine Sfeir le 22 mai 2003.

Ce procès révélait d’étonnantes lignes de partage avec une Gauche déjà engagée aux côtés de l’islamisme. Ramadan avait en effet pour témoins : Michel Morineau de la Ligue de l'Enseignement, Françoise Germain-Robin, du quotidien L'Humanité, et Alain Gresh, rédacteur en chef du Monde diplomatique.

Antoine Sfeir était soutenu par : Soheïb Bencheikh, grand mufti de Marseille ; Rachid Kaci président de la Droite Libre ; Richard Labévière, journaliste à RFI ; la démographe Michèle Tribalat et moi-même.

Pour appuyer le propos d’Antoine Sfeir, j’avais montré au tribunal la duplicité de Tariq Ramadan disant approuver la laïcité en France tout en manifestant sa fidélité au programme totalitaire de son grand-père Hassan al-Banna, fondateur des Frères Musulmans. Je livrais le texte de ce programme que nous avions traduit et publié trois ans plus tôt.

Dans le train qui nous menait à Lyon, je me souviens qu’Antoine Sfeir, préoccupé par l’audience à venir, ressentait à nouveau des douleurs au bout des doigts. Là où ses tortionnaires et geôliers palestiniens l’avaient torturé en 1976 à Beyrouth, en lui arrachant les ongles.

Un jour, il m’avait invité à le voir dans le local de sa revue, ne m’indiquant que la station de métro où je devais descendre. Arrivé, je l’appelle, il me dit : «attends, je t’envoie quelqu’un en voiture». L’un de ses amis libanais me conduit à travers les rues de Paris conduisant avec une fougue qui ne me rassurait guère : «pas de panique, j’étais chauffeur à Beyrouth pendant la guerre civile», me dit-il.

Antoine Sfeir n’a jamais paniqué face à la montée de l’islamisme en France, il y opposait son intelligence des situations et son désir de vérité. Cette acuité d’esprit, il l’avait cher payée.

Adieu Antoine. Ton absence nous attriste mais ton souvenir nous encourage.

Michel Renard

 

 

 

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jeudi 31 mai 2018

Des héros de la Révolution à Mamoudou Gassama : que signifie la naturalisation au mérite ?

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Des héros de la Révolution à Mamoudou Gassama :

que signifie la naturalisation au mérite ?

Michel Renard

 

FIGAROVOX/TRIBUNE – Mamoudou Gassama, qui a sauvé un enfant sur un balcon à Paris, sera naturalisé français. Cette «citoyenneté d’honneur» était déjà prévue par une loi de 1792, selon l’historien Michel Renard, qui en interroge la pertinence à l’heure de l’immigration de masse.

 

plaque Thomas Paine, rue de l'Odéon

 

Devenir français à titre de récompense ou à titre d’honneur n’est pas nouveau. Encore faut-il mesurer les motivations de cette décision politique qui sanctifie plus souvent le symbole qu’elle n’évalue la portée manifeste de ses conséquences.

Par une loi d’août 1792, la Révolution française accordait le titre de citoyen français à «des hommes qui, par leurs écrits et par leur courage, ont servi la cause de la liberté, et préparé l’affranchissement des peuples, [et] ne peuvent être regardés comme étrangers par une Nation que ses lumières et son courage ont rendue libre».

Mais comme ce titre n’était lié à aucune des obligations habituelles (résidence en France et prestation du serment civique), la mesure restait emblématique. C’était une citoyenneté d’honneur, marque de l’horizon universaliste des Jacobins, sans plus d’implication. Furent de la sorte distingués des Américains, des Anglais, des Allemands, des Polonais : Thomas Paine, George Washington, Jeremy Bentham, Anacharsis Cloots, Thadée Kosciuszko et d’autres encore.

loi annulée par la Convention

On oublie souvent que la Convention annula de fait cette loi par les décisions du 5 nivôse an II (2 décembre 1793) : «Tous les individus nés en pays étrangers sont exclus du droit de représenter le peuple français», et Les citoyens nés en pays étrangers qui sont actuellement membres de la Convention nationale ne pourront à compter de ce jour participer à aucune de ses décisions».

L’image généralisante se heurtait aux réalités concrètes des conflits qui opposaient la France aux puissances européennes.

francisation de cœur reconnue

Dans un autre sens, le 26 octobre 1870, le gouvernement dit de «Défense nationale» décrète que les étrangers qui auront pris part à la guerre aux côtés de la France seront naturalisés sans délai. Or, les Allemands constituaient la première colonie étrangère à Paris (70.000 personnes) et voyaient grandir la suspicion à leur égard. De nombreux Allemands déposèrent donc des dossiers de naturalisation en référence à cette loi exceptionnelle, arguant de leur participation à la Garde nationale ou de leur mariage avec une Française (voir l’article de Mareike König, «Les immigrés allemands à Paris, 1870/71», éd. Mémoire-Génériques, 2010).

Dans ce cas, la loi a précipité une francisation de cœur et le choix d’une patrie d’adoption déjà effectuée. Ce qui ne recoupe pas la conjoncture présente.

le cas des légionnaires

Plus près de nous, en 1999, une polémique a opposé au garde des Sceaux, la socialiste Elisabeth Guigou, la droite soutenant les revendications des légionnaires. Avant de naturaliser automatiquement un légionnaire blessé en mission, la Chancellerie souhaitait pouvoir vérifier son «degré d’attache avec la France». Le symbole du «sang versé» ne semblait pas suffisant. Le héros n’était pas immédiatement reconnu tel. On va plus vite aujourd’hui. Le 30 novembre 1999, le député Claude Goasguen s’exclamait en séance à l’Assemblée : «J’étais pour moi persuadé que servir dans la Légion donnait droit à l’acquisition de la nationalité française ; comme beaucoup de nos compatriotes, j’ai été surpris d’apprendre que ce n’est pas le cas, même pour ceux qui ont été blessés. Les dossiers s’accumulent dans des administrations dont les fonctionnaires n’ont jamais connu le feu».

Finalement, les parlementaires socialistes déposèrent une proposition de loi qui allait dans le même sens que celui de l’opposition et la garde des Sceaux s’y rallia non sans susciter les sarcasmes pour sa volte-face. La loi ne concernait que quelques cas par an.

l'instrumentalisation de Mamoudou Gassama

En France, 66.654 étrangers ont été naturalisés par décret en 2017, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur. Ils ont, en principe, répondu à des exigences juridiques et d’assimilation en matière linguistique et de connaissances de l’histoire et de la culture françaises.

Le Malien Mamoudou Gassama est une «exception», souligne le président Macron. Peut-être. Mais n’est-il pas prisonnier d’une campagne d’opinion qui vante les mérites de l’immigration de masse en France et tait toutes les violences et les impossibles défis qui l’accompagnent ?

Mamoudou Gassama semble être celui qui devrait effacer ce qu’on ne veut pas voir. Tâche dont à lui seul, bien sûr, il ne s’acquittera pas. Comment ne pas opposer l’incroyable écho du geste du jeune Malien et la désolante pudeur devant les morts de soldats français, au Mali, par exemple?

L’instrumentalisation d’une naturalisation pour «héroïsme» a déjà fonctionné avec Lassana Bathily lors de la prise d’otages à l’Hyper Cacher de la Porte de Vincennes, le 9 janvier 2015. On pétitionnait pour qu’il obtienne la naturalisation immédiate. Ce qui fut le cas. Mais si Manuel Valls avait uniquement salué «l’acte de bravoure», le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, n’hésitait pas à déclarer que Lassana Bathily était «devenu le symbole d’un islam de paix et de tolérance».

À naturaliser des symboles, on risque de passer à côté des courants profonds de l’histoire concrète et de ses périls.

Michel Renard
28 mai 2018

Source : Le Figaro.fr

 

remise décret naturalisation région Centre mai 2018
cérémonie de remise de décret de naturalisation, mai 2018 (source)

 

 

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lundi 5 mars 2018

Les dernières leçons d’un «Ritalien» : hommage à Pierre Milza

Pierre Milza

 

Les dernières leçons

d’un «Ritalien»

 

FIGAROVOX/TEMOIGNAGE - Michel Renard rend hommage à un historien de gauche qui n'avait cure des procès idéologiques de sa propre famille politique à l'encontre de ceux qui, comme lui, maniaient volontiers les concepts d'identité, d'assimilation, d'intégration...

L’historien Pierre Milza est mort le 28 février dernier. S’il a longtemps incarné la figure d’un maître pour les étudiants de Sciences Po en matière d’histoire contemporaine des relations internationales et d’investigation de la séquence fasciste européenne, il n’était pas un mandarin. Ou alors au profil si singulier : instituteur formé par l’École normale puis professeur de collège, pendant dix ans, «choix tardif» d’une vocation d’historien «aux environs de la trentaine», thèse d’État soutenue en 1977 à l’âge de quarante-cinq ans. Milza n’était pas «un giovane dottore», comme le remarque amicalement Sergio Romano tout à l’hommage qu’il lui rend dans le Corriere della Sera. Mais il s’est tenu toute sa vie intellectuelle au niveau d’un «eccellente dottore».

Il est à craindre, cependant, qu’une fois les éloges prononcés, on n’oublie les leçons délivrées. Pierre Milza était politiquement de gauche mais écartait les limites posées à l’investigation historienne qui, toutes, proviennent de la gauche. En 2005, avec Pierre Nora, Pierre Vidal-Naquet et des dizaines d’autres, Milza a été de ceux qui ont plaidé la «liberté pour l’histoire» contre la tentation d’en faire un objet juridique et pour l’abrogation des «lois mémorielles» - la loi Taubira étant particulièrement visée. Et ce, malgré les critiques de Serge Klarsfeld, Claude Lanzmann et du très virulent et très à gauche Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire. À l’heure où l’on parle de débaptiser les lycées Colbert, il faut se souvenir des exhortations de l’appel de 2005 : «L'historien ne plaque pas sur le passé des schémas idéologiques contemporains et n'introduit pas dans les événements d'autrefois la sensibilité d'aujourd'hui».

Axe méthodologique que Pierre Milza appliquait en particulier aux questions de l’immigration et de l’identité nationale. Il n’avait pas goûté le débat lancé sous la présidence Sarkozy mais ne renvoyait pas aux poubelles de l’histoire les notions d’intégration, d’assimilation, d’identité. On voudrait aujourd’hui en faire le pourfendeur du «mythe de l’intégration réussie» des Italiens dans la société française. Ce n’est pas vrai. Cette intégration a eu lieu, non sans douleur, mais dans la «longue durée», disait-il.

Peut-il en aller pareillement pour les immigrations actuelles ? Dans un entretien avec la revue Informations sociales en 2001, Milza analysait son action depuis 1982   «En tant qu’historien, je suis donc entré dans le débat social et politique pour parler de l’immigration. Mais quelle est la légitimité de l’historien ? Certes, il est possible de dire : les étrangers ont toujours été très mal accueillis et, malgré tous les avatars, ils ont fini par s’intégrer. Cela peut-il s’appliquer au présent ? On sait que les outils qui permettaient l’intégration fonctionnent beaucoup moins bien : le service militaire, l’Église, l’école, le travail et avec lui la culture ouvrière. Peu à peu, parce que les vrais leviers de l’intégration disparaissent, tout le monde s’est mis à fabriquer des livres sur l’immigration».

Pierre Milza a mesuré les déplacements pendulaires de l’immigration : «Il y a une chose qu’il faut dire et redire : la fraction de la population immigrée qui s’est trouvée, en fin de parcours, absorbée par le pays d’accueil ne représente qu’une minorité. On peut en effet estimer à trois millions et demi l’effectif des migrants transalpins qui ont pris, entre 1870 et 1940, le chemin de la France. Sur ce total, le nombre de ceux qui ont fait souche ne dépasse guère 1 200 000 ou 1 300 000 personnes : chiffre considérable si on le compare à celui des autres nationalités, inférieur cependant à celui qui englobe les retours et l’émigration de transit. Autrement dit, le melting-pot français a, s’agissant des Italiens, exercé très fortement son pouvoir assimilateur, mais il l’a fait de manière sélective, laissant de côté des centaines de milliers de migrants temporaires, dont il n’est pas certain que tous auraient pu s’intégrer aussi facilement à la société française» (Voyage en Ritalie, p. 385-386).

Voyage en Ritalie

L’extraordinaire Voyage en Ritalie (1993) montre bien que ni l’assimilation, ni l’identité nationale («mon identité hexagonale», «jusqu’alors, je m’étais perçu sans complexe comme de souche française»), ne sont exclusives d’une «expérience de transnationalité», de l’adoption d’une identité réinventée (mon «italianité», ma «ritalité»).

Au sujet de cette combinaison, Milza faisait la part des choses : «Il n’y a donc pas eu de transculturation à rebours sinon de manière partielle et sélective. J’ai beau pester contre certains traits de mentalité de mes compatriotes, ils sont intériorisés depuis l’enfance. Au contraire, s’agissant de l’Italie et des Italiens, j’ai opéré un tri et construit avec tout cela une identité double dans laquelle domine, que je le veuille ou non, la francité bue avec le lait maternel. Cela ne m’empêche pas d’afficher une italianité qui, inventée ou non, fait partie de mon paysage mental. (…) Donc une tête plutôt façonné par l’Hexagone et un cœur qui, avec le temps, penche de plus en plus du côté de la sœur latine, sans que cela affecte en quoi que ce soit ma fidélité citoyenne à la nation française».

La configuration historique qui a rendu possibles ces mélanges a peut-être disparu. En 2005, Pierre Milza n’hésite pas à parler «du grippage, plus ou moins consciemment vécu par nos concitoyens, d’un mécanisme assimilateur qui, pendant plus d’un siècle, avait très correctement et très efficacement rempli son rôle». Il parlait de «machine à fabriquer de l’identité française» et concluait : «il y a bel et bien eu assimilation de chacun des groupes [d’immigration], si par ce terme souvent controversé on entend, comme le font certains démographes et anthropologues, la réduction des spécificités sociales, culturelles et religieuses». Il soulignait le rôle essentiel de l’école dans «l’acculturation des immigrés» et concluait qu’elle a «plutôt bien accompli sa besogne». En est-il de même aujourd’hui ?

Milza ne le pensait pas et réfléchissait aux perturbations actuelles : «S’agit-il d’un dysfonctionnement lié à la nature de la matière à fondre, la nouvelle immigration (principalement maghrébine et africaine) appartenant à des cultures trop éloignées de la nôtre pour que s’opère la fusion, comme elle s’est opérée pour les vagues précédentes ? Ou bien, si ce n’est le matériau humain qui est en cause, n’est-ce pas que le modèle assimilateur français s’avère désormais incapable, pour mille raisons, d’accomplir sa besogne ? De la réponse que l’on donne à cette interrogation il résulte que l’on a toute chance de vous cataloguer de gauche ou de droite, irénique et politiquement correct ou abominablement réactionnaire et raciste».

Soutenant que «l'intégration des populations issues de l'immigration a (…) peu de chances de reproduire à l'identique les modes d'action qui furent, pendant un siècle et demi, ceux du creuset français», Pierre Milza posait la question qui fâche: «devrons-nous pour autant renoncer à ce qui constitue la spécificité de notre modèle assimilationniste ?  Je ne le pense pas» ajoutait-il, car «le respect des cultures ne signifie pas qu'on doive laisser à chaque groupe le soin de régler ses affaires hors des règles de la République. Il existe sur ce point un accord assez général des habitants de l'Hexagone» (L'identité de la France et l'Europe, dir. Thierry de Montbrial et Sabine Jansen, éd. Bruylant, 2005, p. 47-63).

Rendre hommage à un historien qui vient de disparaître, n’est-ce pas d’abord le lire dans toutes ses nuances ?

 

Michel Renard
professeur d’histoire, auteur (avec Daniel Lefeuvre)
de Faut-il avoir honte de l’identité nationale ?

Publié le 05/03/2018 à 12:42
Figaro Vox

 

Milza Figaro Vox

 

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vendredi 7 juillet 2017

l'Histoire de France de Jules Michelet, vue par Claude Mettra, Robert Mandrou et Maurice Clavel (1966)

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l'Histoire de France de Jules Michelet

vue par Claude Mettra, Robert Mandrou et Maurice Clavel

1966

 

 

 

http://www.ina.fr/video/CPF86608968

 

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mercredi 5 juillet 2017

la Romanisation à l'époque d'Auguste, Ramsay MacMullen

Romanisation à l'époque d'Auguste couv

 

 

la Romanisation

à l'époque d'Auguste

Ramsay MacMullen

 

Du vivant d'Auguste (63 av. J.-C-14 ap. J.-C.), la civilisation romaine se répandit à un rythme remarquable dans tout le monde antique, avec des influences sur l'art, l'architecture, la religion, le droit, l'urbanisme, le costume, les loisirs... Dans son dernier ouvrage, Ramsay MacMullen tente de savoir pourquoi le mode de vie romain fut adopté à cette époque.

Grâce à de nombreuses sources archéologiques, Ramsay MacMullen découvre que durant cette période plus d'un demi-million de vétérans romains furent installés dans des colonies outre-mer, et que plus d'une centaine de villes des provinces reçurent une constitution civique de type italo-romain.

Des sommes colossales tombées entre les mains de notables ambitieux, romains et indigènes, servirent en partie à introduire et faire connaître le mode de vie romain. Pour Ramsay MacMullen, l'acculturation du monde antique s'explique non pas par un impérialisme culturel, mais par le désir des populations conquises d'imiter les conquérants.

Et les Romains furent en mesure de répondre à ce désir grâce à des techniques remarquablement efficaces de production de masse et de standardisation.

 

La Romanisation à l'époque d'Auguste,
Ramsay MacMullen,
Les Belles Lettres, 2003

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jeudi 29 juin 2017

Colonies romaines des côtes occidentales grecques, Athanase D. Rizakis

odéon romain de Patras
odéon romain de Patras

 

 

Colonies romaines

des côtes occidentales grecques

Athanase D. Rizakis

 

 

 

colonies césariennes et fondations augustéennes en Grèce
colonies césariennes et fondations augustéennes

 

cartes colonies romaines en Grèce zoom

 

légende cartes colonies romaines en Grèce

 

carte des routes maritimes et terrestres sud Italie et Grèce
carte des routes maritimes et terrestres

 

 

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lundi 12 juin 2017

le pouvoir local en Gaule romaine, Laurent Lamoine

Vaison-la-Romaine quartier de la Villasse
Vaison-la-Romaine, vue du quartier de la Villasse © N. Mathieu (source)

 

 

le pouvoir local en Gaule romaine

Laurent Lamoine, introduction

 

pouvoir local en Gaule romaine, intro (1)

pouvoir local en Gaule romaine, intro (2)

 

épitaphe prêtre des trois Gaules
épitaphe ou inscription en l'honneur de Marcu Bucc[...], prêtre des trois Gaules,
Valence © CCJ/Philippe Groscaux (source)

 

pouvoir local en Gaule romaine, intro (3)

pouvoir local en Gaule romaine, intro (4)

 

 

pouvoir local en Gaule romaine, couv (2)

 

pouvoir local en Gaule romaine, couv (1)

 

 

 

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